Réchauffement climatique : Comment sauver l'Histoire

23 avril 2015
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La maison de Kuukpak en 2014, vers la fin des travaux d'excavation. Les troncs en parallèle faisaient partie du plancher et de bancs. (Max Friesen)

La maison de Kuukpak en 2014, vers la fin des travaux d'excavation. Les troncs en parallèle faisaient partie du plancher et de bancs. (Max Friesen)

Le numérique au secours de la culture inuvialuite

On ne cherchera pas que des morilles cet été aux Territoires. Pour un deuxième été de suite, l'équipe du Arctic CHAR (Cultural Heritage At Risk) tentera de découvrir des sites archéologiques inuvialuits et d'en rescaper d'autres du réchauffement climatique.
L'équipe retournera sur des lieux investigués l'an dernier, entre autres à Tuktoyaktuk et à Kuukpak, un ancien village inuvialuit qui était situé sur l'île Richards, dans le delta du Mackenzie. « Les Inuvialuits, explique le professeur d'archéologie de l'Université de Toronto Max Friesen, étaient le groupe le plus complexe des Inuits de l'Arctique. Ils possédaient des technologies sophistiquées pour les vêtements, la chasse et la pêche. » Kuukpak était un de leurs plus gros centres de pêche au béluga durant des centaines d'années, estime le docteur Friesen, qui donnait une conférence au musée Prince-de-Galles de Yellowknife le 13 avril dernier. Les Inunivaluits avaient accès à plus de bois de flottaison que n'importe quel groupe du Nord et construisaient avec brio de vastes maisons cruciformes. L'an dernier à Kuukpak, une équipe du Arctic CHAR en a déterré une très belle, parfaitement conservée.

Danger
Mais voilà, avec l'érosion, la montée du niveau de l'eau, l'accroissement des activités chimiques et microbiennes, le réchauffement climatique menace le Nord. Les risques aux TNO sont plus grands que nulle part ailleurs dans l'Arctique canadien, affirme le Dr Friesen, ajoutant que le delta du Mackenzie, cœur de la culture inuvialuite, est en train de couler. Par exemple, le village de Nuvugaq, qui avait quatre maisons lors de l'expédition Franklin, a complètement disparu. « C'est presque impossible d'arrêter l'érosion et de sauver les sites d'un point de vue de l'ingénierie, assure le Dr. Friesen, parce qu'ils sont trop gros. Alors l'idée est de sauver une partie de l'information par l'excavation. Les os et les artéfacts sont collectés et apportés au Sud pour analyse, puis entreposés à Prince-de-Galles. Les architectures sont préservées par de la numérisation laser à très haute définition. » Les images développées grâce au système mis au point par Peter Dawson pourront ultérieurement être utilisées plus tard pour de la recherche, pour des présentations aux collectivités, et seront mises sur des sites Internet. Si la précieuse maison excavée à Kuukpak ne pourra être préservée, il en restera à tout le moins une trace virtuelle.

Pour la suite
En plus de retourner à Kuukpak cet été et dans d'autres lieux déjà visités pour mesurer l'évolution de l'érosion, le Arctic CHAR investiguera un secteur à l'est de la péninsule de Tuktoyaktuyk, recommandé par le comité des trappeurs et des chasseurs de Tuktoyaktuk, qui contiendrait d'importants sites s'érodant dangereusement. Michael O'Rourke a développé pour le Arctic CHAR un système de modélisation numérique servant à interpréter les zones d'érosion et à identifier les secteurs les plus à risque. Entre 100 et 200 sites archéologiques inuvialuits ont été cartographiés jusqu'à aujourd'hui, mais tous n'ont pas été photographiés.
Le projet Arctic CHAR émane d'une collaboration entre l'Université de Toronto et le Inuvialuit Research Cultural Centre. Il est financé par le Aurora Reaserch Institute, le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada et le Programme du plateau continental polaire.


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