Contenu canadien sur internet : « On paie l’artiste le centième d’une cenne pour diffuser sa chanson »

Le gestionnaire de L’Armure du son, Christian Djohossou, dans son studio de production. 
Comment faire pour rester sur les radars?? (Gracieuseté)

Le gestionnaire de L’Armure du son, Christian Djohossou, dans son studio de production. Comment faire pour rester sur les radars?? (Gracieuseté)

« Si l’accès à du contenu canadien est au cœur de la réflexion sur l’avenir du numérique, nous devons développer des modèles d’affaires valorisant les œuvres des artistes et créateurs de manière adéquate. » Cet extrait du mémoire de la Fédération culturelle canadienne-française (FCCF), publié le 25 novembre dans le cadre des consultations sur le contenu canadien dans un monde numérique, trouve un fort écho l’industrie musicale.

Le modèle courant au Canada est dépassé, croit-on. « On ne respecte plus les droits d’auteur, expose Michel Bénac, de LaFab Musique, une maison de production et de promotion musicale d’Ottawa. Quand une chanson passe à la radio, des royautés de 7 à 10 cents sont payées aux auteurs et compositeurs. Mais quand on est sur internet, ces droits n’existent plus. »


Michel Bénac compare l’écoute de musique en continu à un abonnement à Netflix. « Tu as accès à des produits illimités pour un forfait mensuel. Les gens ont beaucoup de choix, mais de moins en moins d’artistes sont visibles », dit-il.
Les trois artistes avec qui travaille l’entrepreneur ont généré 400 000 écoutes. « 2016 a été la meilleure année de ma carrière. Mais on a reçu un chèque de 375 $. C’est absurde. On a éliminé la cenne brune au Canada, mais on paie l’artiste le centième d’une cenne pour diffuser sa chanson. »


Les habitudes de consommation ont changé, reconnaît-il. « La vente d’albums a chuté et les producteurs francophones en Ontario ont de la misère à remplir une salle de 100 personnes. C’est un nouveau problème, c’est difficile de savoir comment le gérer. Mais quelqu’un doit prendre le leadership. »


Le patron de LaFab Musique souhaite qu’Ottawa prenne l’initiative de rentabiliser l’industrie musicale pour que les artistes reçoivent pour leur contribution une part raisonnable des revenus de diffusion. « Si le modèle Netflix est adopté dans l’industrie musicale, Spotify deviendra le monopole et tous les artistes vont travailler pour eux. Les grandes compagnies n’ont pas le mandat d’appuyer la musique acadienne. »


La FCCF, qui regroupe 22 organismes nationaux et divers groupes dans les provinces et territoires, recommande notamment à Patrimoine canadien l’accompagnement des artistes et artisans, les droits d’auteur et la réglementation de l’industrie, ainsi que le soutien à la capacité de se démarquer sur les plateformes de musique en continu. Cette notion de « découvrabilité » demande une stratégie de production et de promotion.


« C’est un grand défi de se démarquer, on doit travailler beaucoup plus vite pour répondre aux attentes des auditeurs », estime Christian Djohossou, directeur exécutif de L’Armure du son, une entreprise d’Ottawa qui produit et commercialise l’œuvre musicale de deux artistes.


« Avant, le cycle de travail d’un artiste était de produire un album, explique-t-il. Mais les jeunes n’achètent plus de disques, ils écoutent seulement des singles. Ça coûte 99 cents. On peut les écouter gratuitement sur YouTube, alors les ventes baissent. Les royautés ne sont pas très élevées », dit-il, soulignant du même souffle que l’offre de musique est énorme.


Selon lui, un appui fédéral serait utile dans le positionnement numérique. « On peut lancer un single sur YouTube à partir d’un vidéoclip, dont la description comprend un lien pour l’écouter et pour l’acheter. » De fonds publics permettraient de renforcer la production numérique des clips et d’en faire la promotion sur les réseaux sociaux.


Selon une étude menée par l’Observateur des technologies médias (SRC/CBC) auprès des Canadiens francophones en 2015-2016, 95 % des étudiants et 91 % des jeunes 18 à 34 ans écoutent des contenus en continu sur internet. Ottawa doit annoncer une nouvelle politique culturelle en 2017.


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