Tannerie éphémère : « La terre, la langue et la culture pour toujours »

Tania Larsson du collectif Dene Nahjo (@DeneNahjo) 
gratte la peau humide d'un orignal pour en retirer les aspérités. (Crédit photo : Nicolas Servel)

Tania Larsson du collectif Dene Nahjo (@DeneNahjo) gratte la peau humide d'un orignal pour en retirer les aspérités. (Crédit photo : Nicolas Servel)

Le collectif Dene Nahjo ouvre « les portes » d’un camp de tannage au parc Somba K’e pour montrer que la culture dénée est bien présente.

Du 11 jusqu’au 29 juillet, Iris Catholique et Tania Larsson, respectivement directrice du projet et membre fondatrice de Dene Nahjo, présentent avec d'autres intervenants, des techniques traditionnelles pour façonner la peau d’un orignal, depuis le trempage pour assouplir la peau et faciliter le retrait de la chair et des poils, jusqu’à la fabrication de vêtements en passant par le fumage.


Tania Larsson confie que beaucoup de personnes se sont déjà déplacées pour visiter la tannerie éphémère à Yellowknife. « [Les gens] viennent avec beaucoup de questions », dit-elle, ajoutant qu’ils se demandent souvent si ce sont de vrais animaux. Les passants peuvent même s’essayer au tannage en prêtant main-forte aux artisans chamoiseurs pour effectuer des tâches, telles que retirer la fourrure de la peau ou étirer le cuir épais de l’animal.

Un procédé exigeant
Le procédé prend beaucoup de temps et demande un effort physique important. « Ça fait les bras et les épaules surtout », précise la jeune femme.


Il faut d’abord imbiber la peau pendant trois jours pour la rendre le plus tendre possible. Par la suite, la peau est enroulée autour d’un tronc de bouleau parfaitement lissé. À l’aide d’un os d’orignal, l’intérieur de la peau est gratté pour retirer les morceaux de chair et les larves de varron. Cet insecte de la famille des mouches trouve refuge dans l’hypoderme des cervidés ou des bovins et crée des petits trous dans la peau.


Une fois la peau lissée et dépourvue des différentes aspérités qu’elle contenait, il est temps de la faire sécher. D’abord au soleil, quand la météo le permet. Si le printemps est la période la plus propice, car il ne fait pas trop chaud, il est possible de sécher des peaux tout au long de l’année, tant que l’on dispose d’un espace intérieur où il fait sec et assez chaud. Quatre à cinq heures peuvent suffire pour sécher le cuir.


Ensuite vient le fumage des peaux, qui sont étendues pour cela au-dessus d’un foyer fumant, traditionnellement dans un tipi, pendant une demi-journée pour chaque côté. Si l’on souhaite obtenir un cuir fin et souple, il faudra ensuite tremper la couenne dans une solution d’eau moussante avant de la fumer à nouveau.


Lorsque la peau atteint la qualité désirée, les artisans tanneurs peuvent s’attaquer à la confection de vêtements ou de différents objets d’art, de décoration ou de transport. Les principaux outils utilisés dans le tannage sont des couteaux que l’on doit aiguiser fréquemment, car la peau, le poil et le sable sont durs pour les lames.

Les aînés : sources intarissables de savoir
Tania Larsson qui aime aussi travailler le métal, fabrique ses propres couteaux de façon à s’approprier le plus possible les fondements de la relation à la terre et les ressources offertes par la mère nourricière, tout en cultivant un immense respect envers l’animal et les méthodes des aînés, qui continuent d’enseigner l’art du tannage aux plus jeunes. Des techniques, il en existe beaucoup dit-elle : « À chaque rencontre avec les aînés, j’apprends quelque chose de nouveau, il y a toujours plein de façons de le faire. En fait, chaque personne à ses propres techniques. »


Tania Larsson fait partie du comité fondateur de Dene Nahjo [prononcé nawo ou na-ho]. Il s’agit d’une association à visée non lucrative qui a la devise suivante : la terre, la langue et la culture pour toujours. Sa mission est de permettre aux animateurs émergents de la culture dénée de s’émanciper pour faire avancer la justice sociale et environnementale des peuples autochtones nordiques. L’association agit aussi en tant qu’entremetteur pour rapprocher les aînés et les générations plus jeunes afin de favoriser le partage des connaissances et des savoir-faire. La jeune femme est née en France de mère Gwich’in et de père suédois. Après avoir vécu à Voiron, une petite ville en Chartreuse proche de Lyon, la famille est revenue s’installer à Yellowknife. Étudiante à l’université d’arts amérindiens de Santa Fe au Nouveau-Mexique, elle revient à chaque période de vacances pour apprendre et pratiquer les arts de sa culture d’origine. Une fois son programme scolaire terminé, elle a l’intention de revenir ici à plein temps et de s’y consacrer encore plus.


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